Déclaration de la Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique à l'occasion de la Journée internationale de la Femme

    La Rapporteure spéciale sur les droits des femmes en Afrique, l’Honorable Commissaire Lucy Asuagbor, au nom de la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples (la Commission) et en son nom personnel, a l'honneur de souhaiter une fois de plus à toutes les femmes du monde et, particulièrement aux femmes africaines, une excellente Journée internationale de la femme, célébrée aujourd'hui, 8 mars 2018. 

    La Journée internationale de la femme est toujours l’occasion tout indiquée pour mener une réflexion lucide sur l'état de l'égalité des sexes et des droits des femmes dans le contexte africain. À la lumière de tous les récents événements et les mouvements féministes en cours à travers le monde, le thème de cette année, « PressforProgress » (Agir en faveur du progrès), ne pouvait être plus pertinent.  D'une part, nous devons réfléchir aux progrès gigantesques que les femmes africaines ont réalisés collectivement et individuellement dans le passé et dans leur marche vers l'avenir, alors que de l’autre, nous devons réfléchir au long chemin restant à parcourir.  

    Toutefois, force est de reconnaitre que des progrès énormes ont été accomplis au cours de la dernière décennie, en particulier si l’on tient compte de l'histoire socioculturelle de l’Afrique. À cet égard, la Rapporteur spéciale s’en voudrait de ne pas reconnaître les progrès impulsés notamment par l'Union africaine (UA), dont l'engagement en faveur de l'égalité des sexes ne devrait pas être passé sous silence.  Cet engagement de l'UA se fonde sur la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples (Charte africaine), et est renforcé par le Protocole à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo).  Nous avons ainsi été témoins de l’adoption de la Déclaration solennelle sur l'égalité entre les hommes et les femmes  en Afrique, de la Politique de l'UA en matière de genre et de son Plan d'action qui ont ouvert la voie à la mise en œuvre de la Décennie de la femme africaine  (2010-2020), mais également de l’Agenda 2063 dont l’Aspiration 6  est « Une Afrique dont le développement est axé sur les citoyens, s’appuyant sur le potentiel de ses populations, en particulier de ses femmes et de ses jeunes… ».  Au niveau de la Commission, nous avons assisté à l'adoption des Lignes directrices relatives à la soumission de rapports d'État au titre du Protocole du Protocole de Maputo, de l’Observation générale n°1 sur l'article 14 (1),  d) et e); l'Observation générale n °2 sur l'article 14 (1) a), b), c) et f) et l'article 14 (2) a) et c) du Protocole de Maputo, de l’Observation générale conjointe sur l’éradication du mariage des enfants, des Lignes directrices sur la violence faite aux femmes et ses conséquences, entre autres dispositions juridiques non contraignantes visant à promouvoir les droits des femmes et des filles.

    Cependant, des indicateurs donnent à penser que les progrès en termes d’autonomisation réelle des femmes sont trop sporadiques, et ne constituent pas un indice véritable du type d'autonomisation envisagé par le Protocole de Maputo, ainsi que les autres dispositifs et mécanismes mis en place pour y parvenir.  Cela étant, il convient de souligner les progrès enregistrés dans certains domaines.  Par exemple, l'accès des filles  à l’éducation a connu une hausse massive.  Les statistiques montrent qu'à travers le monde, l'égalité des sexes est quasiment acquise au niveau de l'enseignement primaire.  En Afrique, plus de filles terminent leurs études secondaires et s'inscrivent dans les universités, et plus de femmes font carrière dans des domaines qui, il y a seulement quelques années, étaient traditionnellement considérés comme la « chasse gardée » des hommes. Par ailleurs, l’accès à la contraception et à l'avortement s'est beaucoup amélioré, et les femmes s’affirment de plus en plus dans les différents corps de métier et la vie politique. De même, les États adoptent diverses lois et politiques mettant en place des «mesures d'action positive» ou des «mesures d'égalité des chances» au profit des femmes.

    Au demeurant, même si nous sommes reconnaissants de ces progrès et optimistes pour l'avenir, nous ne pouvons ignorer les lacunes évidentes et les faiblesses qui subsistent encore.  Partout sur le continent, malgré les efforts considérables consentis, les femmes et les filles sont toujours victimes de pratiques cruelles, néfastes et discriminatoires, comme les mutilations génitales féminines (MGF), les mariages forcés, l'infanticide des filles, les enlèvements et de nombreuses autres formes de violence sexuelle et sexiste. Les attitudes et perceptions traditionnelles profondément enracinées quant au rôle de la femme dans la société entravent l'esprit d’entreprise et limitent les perspectives de gains des femmes, tout en  demeurant un obstacle majeur à la réalisation de l'égalité des sexes.

    Un récent rapport du Forum économique mondial indique que la parité entre les hommes et les femmes ne sera pas atteinte avant 200 ans! Autrement dit, elle ne se réalisera pas au cours de notre génération.  Il s’agit là d’une proposition inacceptable pour les millions de filles et de femmes africaines qui se voient encore privées de leurs droits fondamentaux.  Le thème de cette année est au cœur de ce problème, et il est temps pour nous tous de prendre conscience de la nécessité d'une vraie autonomisation des femmes. De même que l'inégalité économique empêche toute forme d’harmonie sociale réelle, le développement socio-économique cohérent de l’Afrique sera impossible à réaliser tant que les femmes et les filles resteront opprimées, mais également privées de leurs libertés fondamentales et d’opportunités. Le fait est que la discrimination fondée sur le sexe, sous toutes ses formes, demeure une tache sur le visage du développement humain collectif.                                                                                                                       

    Aussi, il est contextuellement approprié et à coup sûr instructif que le thème de cette année soit «Agir en faveur du progrès».  Il faut plus qu’un simple engagement superficiel pour améliorer le sort des femmes à travers le monde, et plus particulièrement en Afrique. Cette année 2018 nous rapproche davantage de la fin de la décennie de la femme africaine.  Par conséquent, la dynamique de progrès doit être renforcée pour atteindre les objectifs définis dans ce cadre.  En conséquence, la Rapporteure spéciale invite l’ensemble des gouvernements qui ont signé et ratifié le Protocole de Maputo à redoubler d’efforts pour tenir leur engagement de respecter pleinement les buts, objectifs et mesures énoncés dans cet instrument, tout en exhortant les États qui ne l'ont pas encore fait, à ratifier, incorporer dans leur droit interne et mettre en œuvre le Protocole.  Les avantages pour tous sont évidents: l’idée que l'amélioration de la condition féminine est la clé de la croissance et du développement de toute société, a fait son chemin.  L'idée même de l'égalité des genres est à la fois un facteur et un indicateur de développement au regard des objectifs du millénaire pour le développement, dont elle est intrinsèque à la réalisation.  Ainsi,  l'une ne va pas sans l'autre.

    En plus de faire le point sur les avancées et les insuffisances notées dans l’action mondiale en faveur de l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes, la Rapporteure spéciale, en cette Journée internationale de la femme, appelle à la reconnaissance et à la célébration des femmes fortes et travailleuses du monde, qui, malgré les obstacles, restent fermes et résilientes.  Chacune, à sa manière, mène des batailles et surmonte des obstacles jour après jour.  Ce sont, notamment les mères célibataires qui luttent pour nourrir leurs enfants; les femmes qui endurent / ont enduré la violence sexiste et d'autres formes de violence, mais continuent à vivre avec les séquelles physiques et psychologiques de celles-ci; les femmes et les filles qui cultivent la terre pour gagner leur vie; les petites filles qui parcourent des kilomètres et traversent des difficultés incalculables pour aller à l’école; les femmes ambitieuses et courageuses qui déjouent le destin et continuent à briser le plafond de verre qui se fendille petit à petit.  Chacune d'entre elles mérite reconnaissance, hommage, et soutien, pendant que nous continuons, collectivement et individuellement, à «agir en faveur du progrès»!

    Honorable Commissaire Lucy Asuagbor

    Rapporteure spéciale de la CADHP sur les droits des femmes en Afrique

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      Date: 07 mars 2018

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