Allocution d'ouverture de S.E. Salamata Sawadogo, Présidente de la Commission africaine

    Allocution d’ouverture de Madame Salamata SAWADOGO, Présidente de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, prononcée à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la 40 ème session ordinaire de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples
    Banjul, Gambie,
    15 - 29 novembre 2006

    Excellence, Dr. Henry Carrol, Avocat Général par intérim, représentant du Gouvernement de la République de la Gambie,

    Honorables membres du Gouvernement de la Gambie,

    Excellences, Mesdames et Messieurs les membres du Corps diplomatique et consulaire,

    Monsieur le représentant de la Commission de l’Union Africaine, Honorables membres de la Commission Africaine,

    Distingués représentants des Etats parties à la Charte Africaine des Droits et des Peuples,

    Distingués invités en vos rangs et qualités respectifs,

    Mesdames et Messieurs.

    Dès l’entame de mon propos, permettez-moi de saluer M. le secrétaire d’Etat à la justice de la République de la Gambie et toutes les hautes personnalités qui nous honorent par leur présence à cette cérémonie solennelle d’ouverture de la 40 ème session ordinaire de la CADHP.

    Je voudrais également, au nom de la Commission Africaine, remercier les hautes autorités gambiennes et le peuple gambien qui a déjà accueilli un grand nombre de nos assises.

    Excellences, Mesdames, Messieurs,

    L’intersession qui vient de s’achever a été particulièrement chargée ; chargée dans tous les sens du terme :

    • Au sens propre, un grand nombre d’activités a été mené, et on aurait atteint un record inégalé, si nous n’avions pas été stoppés par l’habituel manque d’argent ; un manque de ressources qui a conduit à l’ajournement de plusieurs missions.
    • Au sens figuré, la période de référence a été chargée d’incertitudes et de stress face à la diminution du nombre du personnel contrairement aux espoirs nés à la suite de la réunion de concertation initiée par la Commission de l’UA en mai dernier.
    • Bien sûr, aujourd’hui nous constatons l’arrivée de nouveaux collaborateurs au sein du Secrétariat, mais par rapport aux départs, nous sommes encore bien loin du minimum reconnu par la réunion de brainstorming.

    La préparation de la présente session a été l’une des plus difficiles compte tenu du manque de ressources. L’incertitude sur le lieu précis du déroulement de nos travaux et d’autres circonstances hors contrôle de la CADHP et de son Secrétariat ont été à l’origine de l’envoi tardif de vos invitations ; ce dont nous nous excusons auprès de vous. Nous espérons que pour les sessions à venir, le gouvernement de la Gambie pourra, comme par le passé, nous apporter son concours plein et entier pour le succès des travaux.

    Ceci dit, nous sommes contents de pouvoir tenir cette session et félicitons les distingués délégués pour avoir répondu aussi massivement à notre invitation.

    Excellences,

    Mesdames, Messieurs,

    Il y a à peine cinq mois, ici même à Banjul, Gambie, nous célébrions le 25 ème anniversaire de l’adoption de la Charte Africaine des Droits de l’homme et des Peuples et, le mois dernier, le 21 octobre, nous avons commémoré la Journée Africaine des Droits de l’Homme et célébré le 20 ème anniversaire de l’entrée en vigueur de la Charte Africaine. En juillet 2007, nous célébrerons le 20 ème anniversaire de l’établissement de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples.

    La Commission Africaine achève donc sa deuxième décennie d’existence. 20 années dans la vie d’une institution sont suffisamment longues pour justifier son évaluation. C’est pourquoi je propose d’articuler mon allocution d’ouverture de cette 40 ème session ordinaire autour du thème : « il est temps de procéder à un inventaire ».

    Je propose d’aborder ce thème parce que je pense qu’après deux décennies d’existence, la Commission devrait avoir un témoignage à présenter au peuple africain. Elle devrait pouvoir faire un bilan de ses succès, de ses échecs, de ses défis et de ses perspectives d’avenir. Je suis d’avis que le temps est venu de nous demander ce que la Commission Africaine a réalisé durant cette période pour améliorer les conditions de vie des populations africaines.

    En ce moment de l’histoire du continent où ces populations sont confrontées à plusieurs défis, en ce moment où les principaux organes de l’Union Africaine travaillent dans le sens de l’amélioration du bien-être des peuples africains, où la nouvelle offre de démocratie, d’égalité, d’état de droit, de développement et de respect des droits de l’homme est devenu le maître mot, il est d’autant plus important de dresser l’inventaire de la contribution de la Commission Africaine tout au long de son existence. Cela nous permettra de mesurer les réalisations, de dégager des stratégies et de mettre en place les mesures appropriées pour faire des droits de l’homme un thème central des processus de transformation et d’intégration.

    Excellence,

    Mesdames et Messieurs,

    Pendant que la Commission procède à l’inventaire de ses défis, de ses succès et de ses échecs au cours des deux dernières décennies, nous devons également marquer une pause pour nous demander ce que nous avons fait pour accroître la jouissance des droits de l’homme sur le continent et, en particulier, pour soutenir la commission Africaine dans l’accomplissement de son mandat. Il s’agit de notre défi collectif ; j’entends par là, les Etats parties, les Institutions Nationales des Droits de l’Homme, les ONG et les individus.

    En tant qu’Etat partie à la Charte, par exemple, qu’avez-vous fait pour remplir vos obligations à son égard ? l’Etat a-t-il, par exemple, mis en place des mesures administratives et autres pour donner effet à la Charte, comme requis par l’Article 1 ou a-t-il présenté son rapport périodique comme prévu à l’Article 62 ? A-t-il autorisé des missions de promotion ou de protection de la Commission dans le pays ou, mieux encore, s’est-t-il conformé aux recommandations de la Commission ? ce sont ces questions et bien d’autres encore que les Etats devraient se poser pour déterminer en général et leur soutien à la Commission Africaine en particulier. Il ne suffit pas de ratifier la Charte, il ne suffit pas d’assister à toutes les sessions de la Commission. L’engagement des Etats dans les Droits de l’Homme ne doit pas se limiter à un document mais il doit se refléter dans leurs politiques, leurs programmes et, par-dessus tout, dans la vie de leurs citoyens.

    En tant qu’organisation nationale des Droits de l’Homme, vous devez vous demander ce que vous avez fait, ce que vous pouvez faire ou ce que vous ferez pour que la Commission Africaine renforce la promotion et la protection des Droits de l’Homme dans votre pays ; avez-vous, par exemple, initié des programmes de sensibilisation des populations à leurs droits ? Avez-vous mis en place des mécanismes devant assurer la réparation des violations des droits de l’homme ou vous conformez-vous aux Principes de Paris ?

    En tant qu’ONG, avez-vous présenté votre rapport d’activités à la Commission ? Vous êtes-vous rendue sur le terrain pour sensibiliser et soutenir les citoyens les plus exposés aux violations de leurs droits humains ? Avez-vous facilité une mission de la Commission Africaine dans votre pays ?

    En tant qu’individu, quelle a été ma contribution ? Ai-je mis l’avantage que confère mon cursus académique et mon expérience dans le domaine des Droits de l’Homme au service des Africains vulnérables et opprimés, qui ne connaissent même pas la Commission Africaine ? Quelles mesures ai-je prises pour permettre aux personnes qui m’entourent d’avoir accès à leurs droits ?

    Ce sont là quelques-unes des questions que nous devons nous poser pour déterminer notre contribution au renforcement et au respect des Droits de l’Homme sur le continent.

    Excellence,

    Mesdames et Messieurs,

    Je dis que la protection des Droits de l’Homme relève de notre responsabilité collective parce que nous ne devons pas seulement chercher à jouir de nos propres droits mais nous devons aussi nous assurer que les droits de nos voisins sont également protégés. C’est pour cette raison que nous partageons tous les succès et les échecs de la Commission Africaine en particulier et en général du système africain des droits de l’Homme. C’est pour cette raison que cet inventaire ne doit pas seulement porter sur la performance de la Commission Africaine mais aussi sur une évaluation de ce que nous avons fait collectivement et individuellement pour renforcer la jouissance des Droits de l’Homme depuis l’adoption de la Charte Africaine.

    Excellence,

    Mesdames et Messieurs,

    Les dirigeants africains ont également pris des mesures pour aligner les mécanismes existants de protection des Droits de l’Homme sur les normes internationales. A travers la décision prise de créer une Charte sur les Droits et le Bien-être de l’Enfant, l’adoption du Protocole relatif aux Droits de la Femme en Afrique, avec l’engagement pris lors des Déclarations de Grand Bay et de Kigali et enfin avec la mise en place progressive de la Cour Africaine des Droits de l’Homme, les dirigeants africains disent à la communauté mondiale et aux peuples africains eux-mêmes, que les temps ont changé. Ils signalent, par ces différents actes, leur intention de mettre les Droits de l’Homme au cœur du processus de transformation et d’intégration sur le continent.

    Depuis l’indépendance, les Etats africains ont ratifié plusieurs instruments destinés à la promotion et à la protection des Droits de l’homme sur le continent – aux niveaux sous-régional, régional et international. Sur le papier, l’engagement de certains Etats africains à protéger les Droits de l’Homme est inégalé, même par certains pays occidentaux. MAIS la réalité est toutefois différente.

    Le problème lié au respect des Droits de l’Homme sur le continent n’est donc pas le nombre de conventions, de déclarations ou de politiques en place, mais plutôt l’application pratique des engagements pris. Pour faire écho au Secrétaire Général des Nations Unies « il ne suffit pas que les Etats consentent à être liés par des traités ou qu’ils n’agissent que pour donner l’apparence de s’y conformer ».

    Le manque d’engagement à mettre pleinement en œuvre les obligations liées aux Droits de l’Homme sur le continent a placé ce dernier face à des défis continus relativement à la question spécifique des droits humains. La Commission continue de recevoir des rapports sur des violations des Droits de l’Homme allant des restrictions à la liberté d’expression, de réunion, d’association, du droit de ne pas être torturé, la violation du droit à la vie, la détention arbitraire, etc.

    La pauvreté demeure une grave menace pour les Droits de l’Homme et les conflits occasionnés par des violations supposées ou réelles de Droits de l’Homme continuent de générer des flux de réfugiés et de personnes déplacées. Les droits de la femme, de l’enfant et des personnes âgées continuent d’être piétinés en toute impunité. Ceux-ci et de nombreux autres défis aux Droits de l’Homme, demeurent une préoccupation pour la Commission Africaine et devraient l’être pour nous tous.

    Face à tous ces défis, la Commission pense que la lumière se trouve au bout du tunnel. La création de plusieurs autres organes de l’UA mandatés pour traiter des Droits de l’Homme, est un grand pas dans le combat pour la promotion et la défense des droits humains. Nous soutenons l’Union Africaine dans son option de donner un caractère central à la question des Droits de l’Homme et de les intégrer dans ses politiques et ses programmes.

    Organe premier, eu égard aux Droits de l’Homme et étant dotée de l’une des plus longues expériences en la matière sur le continent, la Commission Africaine a une chance de réorienter son modus operandi de manière à exploiter les opportunités qui lui sont offertes par la nouvelle distribution politique.

    Il me plaît de citer la Commissaire aux Affaires politiques, SE Madame Julia Joiner, qui affirmait : « la Commission Africaine doit saisir l’opportunité offerte par cet environnement propice pour être proactive, initier des politiques novatrices et prendre des décisions susceptibles de façonner le cours des Droits de l’Homme en Afrique… les opportunités offertes… doivent être pleinement exploitées et efficacement utilisées si nous devons établir une culture des Droits de l’Homme authentique et les placer au cœur du travail de l’Union Africaine et de tous ses organes » fin de citation.

    Mais comment la Commission Africaine peut-elle saisir l’opportunité qui lui est offerte si on ne lui donne pas les moyens de le faire ? Comment la Commission peut-elle exploiter la nouvelle donne politique lorsque les principales parties intéressées ne peuvent lui apporter un soutien de base ? Comment la Commission peut-elle s’acquitter efficacement de son mandat en adoptant des politiques et les décisions novatrices lorsqu’elle n’est même pas reconnue comme acteur principal du processus de transformation et d’intégration ?

    Ce sont là quelques questions parmi d’autres que nous devrions nous poser lorsque nous nous asseyions pour faire l’inventaire de ce que la Commission a réalisé au cours des dernières années. Nous ne devons pas seulement regarder les succès et les échecs de la Commission mais nous devons,  et cela est plus important encore, chercher à localiser la source des problèmes. Pourquoi la Commission, par exemple, n’a pas pu répondre aux attentes du peuple africain ? A qui incombe la responsabilité et comment y remédier ?

    Excellences,

    Mesdames, Messieurs,

    Ce processus d’inventaire et d’évaluation du rôle de la Commission Africaine a démarré en mai 2006 lorsque, pour la première fois sa création, une session de réflexion a été organisée par la Commission de l’Union Africaine pour réfléchir sur les activitiés de la Commission Africaine et pour voir comment renforcer son efficacité, une session de suivi , plus centrée, est programmée entre la Commission Africaine et le COREP pour exploiter les voies et moyens de mettre en œuvre les recommandations de la première session de réflexion. Nous espérons que cette réunion produira un cadre permettant à la Commission d’apporter une contribution significative au processus d’intégration.

    Avant de conclure, je voudrais, au nom de mes collégues membres de la CADHP , et au mien, saluer le travail considérable accompli par les collaborateurs qui ont quitté le secrétariat au cours de l’intersession. J’ai nommé, messieurs Omari Holaki, Robert Kotchani, madame Annie Rashidi-Mulumba et Mademoiselle Fiona Adolu. Nous leur rendons hommage pour leur professionnalisme et leur disponibilité qui nous ont contribué à l’édification de notre Commission. M’adressant aux nouveaux arrivants, madame Dorica TinyKgwadi chargée des l’administration et des finances, messieurs Chafi Bakari, et Feyi Ogunade, les membres de ma Commission, par ma voix, vous souhaite une chaleureuse bienvenue ; nous ne doutons pas que vous impulserez un nouveau souffle au secrétariat et l’action des commissaires. Je n’oublie pas les membres du secrétariat qui sont restés, « les anciens » auxquels je remercie aussi pour leur engagement et leur abnégation.

    Pour conclure, j’invite tous les acteurs du domaine des droits humains à se poser régulièrement cette question : « qu’ai-je fait et que puis-je faire pour les droits de l’homme en Afrique ? »

    BONNE SESSION

    Je vous remercie pour votre aimable attention.

     

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