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Commission africaine des droits de l'homme et des peuples

Déclaration de la Rapporteure spéciale sur les Droits de la Femme en Afrique lors de la commémoration de la Journée mondiale d’action pour l’accès à l’avortement sûr et légal

  • ACHPR Session

En cette journée du 28 septembre, Journée mondiale d’action pour l’accès à l’avortement sûr et légal, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, conformément à sa campagne continentale pour la dépénalisation de l’avortement en Afrique, et à travers la Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique, Madame le Juge Lucy Asuagbor, appelle les Etats à honorer leurs engagements en vertu de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, du Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique, du Plan d’action de Maputo et de la Campagne pour la réduction accélérée de la mortalité maternelle en Afrique, en dépénalisant l’avortement dans leurs pays respectifs.

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’avortement non médicalisé continue d’être une crise de santé publique et l’un des principaux facteurs contribuant à la mortalité et à la morbidité maternelles en Afrique, représentant jusqu’à 30% des décès maternels dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. L’OMS estime que plus de 6 millions d’avortements non médicalisés sont pratiqués en Afrique, entraînant chaque année 29 000 décès et d’innombrables blessures graves et handicaps pour les femmes et les filles africaines de moins de 25 ans.

A l’instar de l’OMS, nous reconnaissons que le fait de rendre l’avortement illégal ne réduit pas pour autant les taux d’avortement et ne dissuade pas les femmes de se faire avorter.Au contraire, davantage de femmes ont recours à des avortements dangereux et clandestins. Il est temps de mettre un terme à ces décès.

Les lois pénalisant l’avortement sont appliquées de manière discriminatoire et ont un impact disproportionné sur les femmes et sur les filles les plus vulnérables. Les femmes rurales pauvres qui manquent d’éducation courent le plus grand risque d’enquêtes policières, d’arrestation, de poursuite et d’emprisonnement pour cause d’avortement non médicalisé. En outre, les femmes qui craignent des poursuites pour des avortements non médicalisés retardent souvent leur traitement au niveau des hôpitaux publics ou des cliniques, ou ne se font pas du tout traiter, ce qui a des effets néfastes sur leur santé et leur vie.

La pénalisation de l’avortement viole de nombreux droits humains fondamentaux, notamment les droits à la vie, à la liberté, à la sécurité, à la santé, et le droit d’être à l’abri de la torture. Les lois criminalisant l’avortement font la discrimination sur la base du sexe, car elles pénalisent un service de santé dont seules les femmes ont besoin.

C’est pour ces raisons que nous nous joignons au mouvement mondial pour un monde où toutes les femmes et les filles peuvent faire leurs propres choix quant à leur santé de la reproduction et leur vie.