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Commission africaine des
droits de l'homme et des peuples

Communiqué de presse de la Rapporteur spéciale sur les droits de la femme en Afrique, sur la violation des droits de la femme pendant la pandémie du COVID-19


La Rapporteure spéciale sur les Droits de la Femme en Afrique, l’Honorable Commissaire Lucy Asuagbor, au nom de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (la Commission),s’inquiète du fait que cette période de la pandémie de COVID-19 enregistre un accroissement notoire de la violation des droits de la femme.Elle est toujours préoccupée par le fait que les femmes, en raison de leur sexe, sont les premières victimes de toute crise et que les inégalités existantes à l’égard des femmes et des filles s’accentuent pendant les crises.

La Rapporteure spéciale note plus particulièrement, et ce, avec inquiétude, le nombre élevé de plaintes pour violence à l’égard des femmes, y compris la violence basée sur le genre (VBG) et la violence domestique.Selon les rapports, des milliers de plaintes relatives à la VBG ont été enregistrées dans de nombreux pays africains en raison des mesures de confinement imposées en riposte à la pandémie de COVID-19. Il a été signalé que le nombre d’appels provenant de femmes confinées dans leur foyer avec un conjoint violent a triplé.La pandémie a également eu des conséquences économiques que les femmes qui perdent de plus en plus leurs sources de revenus, en particulier dans les zones rurales.Parmi les autres défis enregistrés, on peut citer l’accès limité aux services de santé sexuelle et reproductive ; la fermeture des écoles, avec des millions de filles n’allant plus à l’école, entraînant ainsi un risque accru d’exploitation sexuelle, de grossesses précoces, de viols, ainsi que de mariages précoces et forcés.

Ne perdons toutefois pas de vue les progrès que nous avons réalisés au fil des ans. Les dirigeants africains devraient saisir cette occasion pour reconnaître et renforcer les efforts déployés en vue de promouvoir et protéger les droits des femmes dans toutes les sphères de la vie.En effet, malgré les crises actuelles, l’année 2020 marque plusieurs étapes cruciales.Elle marque notamment 25 ans de mise en œuvre du Programme d’action de Beijing, qui demeure, à ce jour, le programme le plus complet jamais adopté en matière d’égalité des sexes.L’année 2020 marque également la fin de la Décennie de la femme africaine, lancée par l’Union africaine (UA) en 2010 en vue de  relancer les engagements en faveur d’une mise en œuvre accélérée des obligations mondiales et régionales convenues en matière d’égalité des sexes et d’autonomisation des femmes en Afrique.Cette décennie a enregistré plusieurs avancées dans la promotion et la protection des droits de la femme en Afrique, notamment la parité entre les filles et les garçons en matière de scolarisation dans le primaire et la réduction de l’écart de scolarisation dans les autres secteurs de l’éducation ; et une réduction générale de la mortalité maternelle et d’autres problèmes liés à la santé.Il convient de rappeler, qu’à ce jour, sur les cinquante-cinq (55) États membres de l’UA, quarante-deux (42) ont ratifié le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique (le Protocole de Maputo), dont un quart a déposé son instrument de ratification au cours de cette décennie.

En effet, l’article 3 du Protocole de Maputo ordonne aux États parties : « d’inscrire dans leur constitution nationale et autres instruments législatifs, si ce n’est déjà fait, le principe de l’égalité entre les femmes et les hommes et de veiller à son application effective ».

Bien que saluant les efforts déployés par les États pour protéger les droits des femmes et des filles pendant cette pandémie, la Rapporteuse spéciale exhorte les États à adopter le principe de l’égalité dans toutes les réponses liées au COVID-19 tout en garantissant une protection spéciale aux femmes et aux filles par l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive ;  en proposant un logement alternatif aux victimes de VBG, ainsi que des services de conseil aux femmes et aux filles qui en sont victimes ; en apportant un soutien aux femmes qui ont perdu leurs sources de revenus, tout en anticipant des stratégies/plans d’autonomisation économique après COVID-19 ; et en veillant à ce que les femmes soient impliquées dans tous les plans et actions visant à protéger leurs droits pendant et après la pandémie.

La Rapporteure spéciale souligne la Stratégie de l’UA pour l’égalité des hommes et des femmes et l’autonomisation des femmes qui a été lancée lors du Sommet de l’UA en février 2019. La Rapporteure spéciale réaffirme que l’accès des femmes à une éducation de qualité ; les garanties d’intégrité et de sécurité physiques ; la pleine ratification et la mise en œuvre intégrale du Protocole de Maputo ; et la représentation égale des femmes dans les prises de décision sont essentiels pour garantir la protection effective des droits des femmes. Nous ne pouvons espérer entrer dans l’année « 2063 » et concrétiser nos aspirations, si la moitié de la population est obligée de ramper.

Il est temps d’agir ! Les dirigeants africains devraient s’efforcer d’écrire un récit positif lorsque cette pandémie sera endiguée. À cet égard, la Rapporteure spéciale voudrait rappeler aux dirigeants africains leurs obligations eu égard à la pleine réalisation des droits des femmes et les encourager à prendre des mesures concrètes pour adopter des approches de la pandémie tenant compte des spécificités des hommes et des femmes, afin de relever efficacement les défis que pose la pandémie.

 

Banjul, 6 mai 2020