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Commission africaine des droits de l'homme et des peuples

Communiqué de presse sur la tenue au Burundi des élections générales dans le contexte de prévalence de la Pandémie Coronavirus


Le Commissaire en charge de la promotion et de la protection des droits de l’homme en République du Burundi, l’Honorable Commissaire Yeung Kam John Yeung Sik Yuen suit avec attention et préoccupation la situation des Droits de l’Homme dans cet Etat Partie à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (la Charte), particulièrement,  dans le contexte des élections générales et de la prévalence de la pandémie Coronavirus (COVID 19).

En effet, le Burundi organise ses élections présidentielles, législatives et municipales ce 20 mai 2020 après une campagne électorale qui s’est étendue sur trois semaines. Il a pu être constaté que contrairement aux mesures prises partout ailleurs dans le monde pour lutter contre la propagation de la pandémie COVID 19 qui fait des ravages depuis son déclenchement en décembre 2019, cette campagne électorale a occasionné les rassemblements et autres meetings ou manifestations ne favorisant aucunement le respect des mesures barrières recommandées par les experts sanitaires, dont notamment la distanciation sociale.

Par ailleurs, le Burundi qui connait officiellement plus de la vingtaine de cas de contaminations de cette pandémie, a décidé le 15 mai 2020, d’expulser les officiels de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) alors même que dans ce contexte de crise sanitaire, leur expertise s’avérait plus que jamais nécessaire pour endiguer et lutter contre la propagation du COVID 19. Diverses sources concordantes allèguent que cette décision d’expulsion est en rapport avec la divergence de vue entre ces experts et les autorités Burundaises en ce qui concerne la gestion de la réponse au COVID 19, notamment l’incompatibilité des mouvements humains relatifs à la campagne électorale avec les gestes barrières recommandés par l’OMS pour stopper la propagation de la pandémie.

Le Commissaire en charge de la promotion et de la protection des droits de l’homme en République du Burundi, voudrait, en tout état de cause, et dans ce contexte,  rappeler au Burundi ses obligations découlant de la Charte que le pays a ratifiée le 28 juillet 1989.  Celles-ci, sans aucunement éluder tous les autres droits protégés par la Charte, tiennent au droits garantis par l’article 13 et à l’article 16 qui protègent et garantissent le droit de participer aux affaires publiques dont la participation aux élections est un élément clé, et le droit à la santé dont la jouissance est hautement préjudiciée par la prévalence du COVID 19.

Ainsi, il revient au Burundi de s’assurer que toutes ses actions et les mesures prises dans ce contexte électoral et de la prévalence du COVID 19 soient respectueuses de ses obligations aux termes de ces deux articles de la Charte. Cela implique, que le Burundi fasse un équilibre nécessaire et délicat entre la nécessité de tenir les élections et la protection du droit à la santé des populations.

Bien plus, il apparait clairement que du fait de la quarantaine applicable aux voyageurs arrivant au Burundi et venant de l’étranger, ces élections générales ne pourront voir la participation des observateurs internationaux dont la présence renforce inévitablement la crédibilité du scrutin. Cela est en inadéquation avec les pratiques et principes de l’Union Africaine tels que contenus dans la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance qui indique que l’observation électorale concoure « de manière notable à assurer la régularité, la transparence et la loyauté des élections ».

En conséquence de tout ce qui précède, le Commissaire en charge de la promotion et de la protection des droits de l’homme en République du Burundi:

  1. Regrette la tenue des élections sans la présence de l’observation internationale, toute chose qui met à mal la crédibilité de ce processus électoral; et
  2. Dénonce l’expulsion du Burundi des Experts et Personnel de l’OMS en cette période critique de lutte synergique contre la propagation du COVID 19, en ce que cela fragilise nécessairement la réponse du pays à la pandémie.

Les autorités Burundaises sont invitées à cet effet à :

  1. S’assurer que les échéances électorales du 20 mai 2020 et les processus subséquents sont conformes aux standards et principes internationaux en matière électorale tels que contenus dans la Charte et Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance ; et
  2. S’assurer que le droit à la santé des populations vivant au Burundi tel que garanti par la Charte est effectivement mis en œuvre en dépit de la pandémie COVID 19 prévalant dans ce contexte électoral ;
  3. Tirer profit le maximum possible de la coopération internationale disponible afin de lutter efficacement contre la pandémie COVID 19 dans ce contexte électoral et au-delà.

Le Commissaire en charge de la promotion et de la protection des droits de l’homme en République du Burundi reste saisi de la situation générale des droits de l’homme au Burundi et particulièrement, les droits en cause dans ce contexte électoral et de prévalence du COVID 19.

 

Fait à Banjul et pour la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, le 18 mai 2020

L’Honorable Commissaire Yeung Kam John Yeung Sik Yuen, Commissaire en charge de la promotion et de la protection des droits de l’homme en République du Burundi