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Commission africaine des
droits de l'homme et des peuples

Déclaration de la Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique à l’occasion de la « Journée internationale de la femme »


8 mars 2022, Banjul, République de Gambie

La Rapporteure spéciale sur les droits de la femme en Afrique, l’Honorable Commissaire Janet Ramatoulie Sallah-Njie, au nom de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (la Commission) et en son nom propre, a l’honneur de souhaiter, à toutes les femmes du monde entier, et en particulier à toutes les femmes africaines, une excellente célébration de la Journée internationale de la femme en ce jour du 8 mars 2022.  

Cette journée offre aux femmes du monde entier, et du continent, l’occasion de faire le point de la situation des questions liées au genre, des réalisations et des opportunités. Le thème de cette année, à savoir « l’Égalité des sexes aujourd’hui pour un avenir durable », évoque la contribution des femmes et des filles à l’atténuation du changement climatique afin de créer un avenir durable pour tous. Il s’agit d’une question pertinente pour les femmes en Afrique, car la recherche a montré que le changement climatique est un facteur d’exacerbation des conflits armés, qui continuent de sévir sur le continent. En outre, la pleine participation et contribution des femmes à l’adaptation aux effets du changement climatique peut être garantie par leur accès adéquat à l’information et leur participation à la gestion des connaissances grâce à une utilisation sûre des technologies de l’information et de la communication (TIC). Par conséquent, cette Journée internationale de la femme représente un moment opportun pour réfléchir au sort des femmes dans les conflits armés et aux défis auxquels les femmes africaines sont confrontées en termes de participation en ligne, toutes choses qui érigent des obstacles à la réalisation de l’égalité des sexes.

L’Union africaine (UA) n’a cessé de renforcer ses efforts visant à mettre fin à la violence à l’égard des femmes dans différents domaines. Outre l’interdiction sans équivoque de la violence à l’égard des femmes prévue dans le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique (Protocole de Maputo), différentes initiatives continuent d’être menées en vue de combattre ce fléau. Entre autres, on peut citer la Résolution 283 de la Commission sur la situation des femmes et des enfants dans les conflits armés (ACHPR/Res 283 (LV)2014) et les Lignes directrices sur la lutte contre les violences sexuelles et leurs conséquences en Afrique, qui fournissent des mesures précises à mettre en œuvre afin de mettre fin à la violence sexuelle et basée sur le genre.

En dépit de ces mesures et d’autres, la violence à l’égard des femmes dans les conflits armés se poursuit. De nombreuses femmes sont victimes de viols, d’esclavage sexuel et de mutilations, entre autres violations, comme moyen de les punir, de les intimider ou de les contrôler en temps de guerre. Cette pratique a des conséquences profondément horribles sur les individus, les cellules familiales et les communautés. Et pourtant, selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, les violences sexuelles commises pendant les conflits armés sont largement sous-déclarées [1] .  On note une stigmatisation associée aux crimes sexuels contre un individu et, dans la tradition africaine, les questions à caractère sexuel demeurent largement taboues. Il s’ensuit aussi une responsabilité limitée pour les auteurs de ces crimes. On constate tout aussi l’existence de lois inadéquates pour traiter la violence psychologique que les femmes subissent du fait de la violence marquant les conflits armés. Cet état de fait est d’autant plus alarmant qu’il est désormais évident que les défis très actuels posés par le changement climatique contribuent aux conflits, les États se disputant les ressources naturelles qui s’épuisent rapidement. L’inverse est également vrai lorsque les femmes déplacées par un conflit se retrouvent à lutter contre l’insécurité alimentaire sur de nouvelles terres affectées par le changement climatique ou se retrouvent, en fait, déplacées en raison du changement climatique.

Le rôle des femmes dans l’atténuation du changement climatique et leur participation effective à la prévention des conflits ne peut être renforcé que par leur accès constant à l’information grâce aux TIC. Leur accès à l’information a également une incidence positive sur le rythme du développement sur le continent et contribue à briser le cercle vicieux de la pauvreté. C’est à juste titre que l’Agenda 2063 de l’UA insiste sur le fait que la disponibilité des infrastructures de TIC adéquates et d’Internet constitue un droit pour les Africains. Toutefois, pour de nombreuses femmes, l’espace numérique s’avère peu sûr dans la mesure où l’hégémonie patriarcale contre laquelle elles luttent dans la vie réelle se perpétue en ligne. Selon ONU Femmes, pas moins de 73 % des femmes ayant accès à Internet ont subi une certaine forme de violence en ligne [2]. La violence à l’égard des femmes se manifeste par le biais de courriels, de WhatsApp, de Facebook, de Twitter, de Tinder et de tous autres médias sociaux. En effet, il est courant d’y voir des photos à caractère intime de femmes partagées à des fins d’humiliation ou de représailles consécutive(s) au refus des avances d’un homme. Dans certains cas, une fois hors ligne, des femmes ont subi des pertes financières et sont devenues victimes d’agressions qui avait été initiée en ligne, notamment sur des sites de rencontre. Toutes ces actions ont pour effet de créer chez les femmes un sentiment d’insécurité en ligne et de dissuader les femmes et les filles de se servir des plateformes de TIC pourtant utiles.

Pour autant, tout n’est pas perdu, et nous continuons de déployer nos efforts visant à faire en sorte que la violence à l’égard des femmes soit éradiquée, que ce soit en période de conflit, en temps de paix ou en ligne. Pour ce faire, nous devons briser le cycle de la stigmatisation et mettre fin à la culture du silence au sujet de la violence sexuelle et basée sur le genre, en vue de pouvoir identifier les survivantes et de leur garantir une prise en charge idoine. Il s’agit là d’un processus qui nécessite une sensibilisation constante des communautés, ainsi que la fourniture de mécanismes de protection plus robustes aux survivantes pour les encourager à s’exprimer. Il est important de réexaminer les cadres législatifs, afin d’éliminer les lois discriminatoires qui exacerbent la violence à l’égard des femmes, afin de leur offrir une meilleure protection. Étant donné que de nouvelles technologies émergent chaque jour, nous devons sans cesse nous instruire sur la manière dont les femmes peuvent s’en servir en vue de leur propre autonomisation, tout en leur garantissant des mesures de sécurité leur permettant d’y accéder en toute sécurité. Une femme éclairée étant une femme dotée de moyens d’action, la mise en œuvre de toutes les lois existantes sur la cybersécurité et la promulgation de lois plus strictes devraient continuer de figurer sur l’agenda de chaque État africain.

Le thème de cette année, à savoir « l’Égalité des sexes aujourd’hui pour un avenir durable », souligne l’importance de garantir l’égalité des sexes, afin de permettre aux femmes de jouer le rôle important qui leur revient dans la construction d’un avenir durable. Des efforts continus visant à donner aux femmes l’occasion de prêter leur voix et leur expertise à l’atténuation du changement climatique constituent une avancée vers le maintien de la subsistance de notre planète. Ces efforts devraient débuter par la création de règles du jeu équitables pour les femmes, la garantie de l’égalité des sexes par l’éradication de la violence à l’égard des femmes et la mise en place de plateformes leur permettant d’assumer leur rôle dans la construction d’un avenir durable. En cette Journée internationale des droits de la femme, la Rapporteure spéciale rend hommage et adresse ses félicitations à toutes les femmes qui, en dépit des obstacles qui se dressent sur leur chemin, continuent à mener le bon combat dans la perspective d’un avenir meilleur !

 

Commissaire Janet Ramatoulie Sallah-Njie

Rapporteure spéciale de la CADHP sur les droits de la femme en Afrique


[1] OHCHR ‘Conflict related sexual and gender based violence: Mapping report Central Africa Republic’ (2017).

[2]UN Women ‘Safe digital spaces: Protection of women and girls form technological violence’ (2019) Background Paper